Covid-19 au Cameroun : Entre les dérapages du Gouvernement et le faible suivi des Organisations de la Société Civile

Covid-19 au Cameroun : Entre les dérapages du Gouvernement et le faible suivi des Organisations de la Société Civile

Après l’Asie, l’Europe, et l’Amérique, ce fut au tour de l’Afrique de connaitre elle aussi, les affres du Covid-19. Au Cameroun, le premier cas a été enregistré le 06 mars 2020 et depuis lors, les contaminations, les mises en quarantaines et les morts ne cessent d’être comptés. En date du 6 juin 2020, on avait 7908 cas enregistrés, 2967 cas positifs, 4735 guéris, et 206 décès. Pour limiter la propagation du virus, le gouvernement du Cameroun a prescrit des mesures que nous trouvons assez « inadéquates » en guise de riposte à l’expansion du Coronavirus.

Aperçu de l’impact du COVID-19 sur l’économie

Même si la révision des mesures de riposte contre le Covid-19 au Cameroun le 11 mai 2020 a aidé d’aucun à reprendre leurs activités, certains problèmes demeurent. À l’instar de la baisse des activités dans quasiment tous les secteurs économiques.

D’ailleurs, dans le secteur du transport, les automobilistes ont encore menacé de grever, afin de voir s’améliorer leurs conditions de travail. Il était question pour le gouvernement, de revoir les règles fixées sur le nombre de passagers à accueillir. Cependant, les transporteurs ne sont pas les seuls à faire face aux difficultés liées à la situation actuelle. La preuve, plusieurs entreprises ont mis leurs employés en congés provisoires, tandis que les entreprises les plus fragiles ont soit réduit leurs effectifs en licenciant une partie du personnel, soit fermé leurs portes. Les bars, les snacks, les débits de boissons, et les restaurants etc. sont aussi grandement affectés.

Le phénomène est quasiment le même dans de nombreux secteurs économiques. D’après une enquête du Groupement Inter-patronal du Cameroun(GICAM) sur l’impact du Covid-19 sur les entreprises au Cameroun :

« 48% des entreprises indiquent que la fonction ressources humaines est directement affectée. Cette proportion masque des hétérogénéités importantes selon la taille de l’entreprise. En effet, 65% des grandes entreprises observent des difficultés à ce niveau contre 42% de Petites et Moyennes Entreprises (PME). Par ailleurs, l’écart entre les entreprises de services et les entreprises industrielles est également important. 51% des entreprises de services estiment que les ressources humaines sont affectées directement contre 44% chez les entreprises industrielles ».

Le manque à gagner est énorme, avec une économie en baisse. Cameroon Tribuneinforme que : « Les PME et entreprises exerçant dans les services sont les plus sévèrement affectés en termes de pertes de chiffres d’affaires. Les secteurs les plus touchés sont l’hôtellerie, la restauration, la distribution, le commerce, le tourisme, le transport, l’artisanat et l’événementiel ». Un constat confirmé par l’enquête du GICAM qui indique que :

« 44% des entreprises ont déclaré que leurs achats / approvisionnements sont directement affectés par la pandémie du COVID-19. Les entreprises industrielles et les grandes entreprises semblent être plus concernées que les entreprises de services et les PME. En effet, 62% des grandes entreprises affirment que leurs achats / approvisionnement sont affectées contre 38% chez les PME. De même 56% des entreprises industrielles indiquent que leurs achats / approvisionnements sont affectés contre 38% chez les entreprises de services».

Plus le temps passe, plus le nombre de personnes contaminées s’accroit. Même si les mesures prescrites par le gouvernement pour réduire la propagation du Covid-19 sont de plus en plus observées, la situation ne s’améliore pas. Un constat qui suscite tout de même plusieurs interrogations, notamment sur l’efficacité des mesures de lutte.

Le faible accompagnement des Organisations de la Société civile (OSC) 

Pour accompagner les actions du gouvernement, certaines Organisations de la Société Civile (OSC) ont décidé d’appuyer les actions de communication du gouvernement. Notamment au niveau de la diffusion des données statistiques afin d’amener les uns et les autres à respecter les mesures barrières. C’est le cas de Positive Generation qui relaie les informations sur les cas enregistrés, les cas actifs, les cas de décès et les guéris de la maladie sur sa page FacebookUne autre OSC, Volontaires pour la création et la promotion des Initiatives de Développement (VOPID) au Cameroun, travaille en droite ligne avec le Ministère de la Santé, notamment la Délégation Régionale dudit Ministère pour le Sud-Ouest et le Nord-Ouest avec laquelle VOPID tient des réunions sur les actions à mener pour la riposte au Covid-19.

« Nous avons créé une plateforme d’échange pour les actions déjà menées et les plans d’action des   différents intervenants », a indiqué Jeannette Benga, Présidente de VOPID.

Malgré cette volonté de certaines OSC à s’investir dans la riposte, il faut reconnaitre le faible engagement de la majorité des Organisations de la Société Civile. «On ne peut pas tout faire », nous a expliqué Van Bisseng, Directeur exécutif de Pep Sans Frontière[1] . «Tout le monde ne travaille pas dans le même domaine, donc tout le monde ne peut pas être actif dans certains domaines », a appuyé Jeannette Benga, par ailleurs Présidente Régionale de l’Association des Organisations de la Société Civile pour le Sud-Ouest. Pour elle, il faudrait s’armer de courage et d’un esprit de volontariat pour mener cette lutte, ce que beaucoup d’OSCs n’ont pas. Surtout qu’en plus de ce manque, s’y ajoute la peur de contracter la maladie.

En outre, la réaction de la société civile camerounaise a été faible suite à la violation, par le Président de l’Assemblée Nationale (Pan) Cavaye Yeguie Djibril, des mesures de protection sanitaire, pouvant ainsi mettre en péril la bonne santé des populations. En effet, le PAN avait été à bord du vol AF900 de Air-France à destination du Cameroun. Or cet avion comptait probablement des porteurs du virus, d’où la nécessité de la mise en quarantaine du Président de la Chambre Basse à son arrivée au Cameroun. Mais cela ne fut point le cas.

« WILPF Cameroon condamne fortement ce comportement irresponsable qui est de nature à porter atteinte à la sécurité sanitaire des camerounais, tant il est admis que presque tous les cas confirmés sont des personnes provenant des pays étrangers, notamment celui où a résidé l’honorable Cavaye Yeguié Djibril avant son retour au Cameroun »,avait indiqué Sylvie Ndongmo, présidente de Wilpf Cameroon.

Aussi, certaines OSC étaient préoccupées à répondre aux accusations du Ministre de l’Administration Territoriale (MINAT) Paul Atanga Nji. Celui-ci avait taxé certaines OSCs de « conspiratrices ». C’est le cas par exemple, du Réseau des Défenseurs des Droits de l’Homme en Afrique Centrale (REDHAC) qui a menacé de poursuivre le MINAT pour l’avoir accusé – ainsi que d’autres Organisations de la Société Civile – de déstabiliser le pays et d’être financé par des terroristes.

En général, les actions des Organisations de la Société Civile (OSCs) pour venir en aide aux populations affectées par la pandémie, sont très peu visibles. « Beaucoup d’entre eux n’ont pas vraiment les moyens de lutter contre ces maladies », souligne Jeannette Benga. Pourtant, une synergie d’Organisations officiant dans le domaine de la Santé serait indiquée pour mener à bien la lutte. Comme cela a été le cas au Sénégal où le processus de dématérialisation du suivi sur le terrain a été accéléré. Et où des ONGs mettent des dons matériels ou financiers à la disposition des populations. Un exercice auquel s’attèle VOPID dans les formations sanitaires qui distribuent des masques, des gants etcertains matériels. Mais qui malheureusement, est déjà en rupture de stock.

Au regard des déclarations officielles et des prises de paroles publiques pas très nombreuses, il est clair que certaines Organisations de la Société Civile ne démontrent pas assez leur engagement à la lutte. Les défis restent inchangés, avec peu de lueur d’amélioration.

Une faible réplique des OSC face aux mesures d’assouplissement 

Le 11 mai 2020, le gouvernement a décidé de revoir quelques mesures de riposte contre la maladie à Covid-19. Parmi ces révisions, figure l’ouverture des bars au-delà de 18 heures. Un soulagement pour les détenteurs de ces lieux de loisirs, et une grande menace pour les populations. Suite à cette décision du gouvernement, très peu d’informations circulent sur les actions et autres déclarations faites par les OSCs. La quasi-totalité des sites d’informations locales n’en font pas écho. Les Hommes politiques semblent être les plus regardants face à cette situation. Surtout qu’après le communiqué du gouvernement sur l’assouplissement des mesures, certaines organisations spécialisées dans le domaine de la Santé n’ont pas publiquement donné leur point de vue sur le choix du gouvernement. D’ailleurs, certaines se sont évertuées à faire le point de la situation au Cameroun, tout en continuant la sensibilisation.

Même si ce choix d’informer et d’éduquer les populations en vue de limiter la propagation de la maladie n’est pas mauvais en soi, le virus ne cesse de faire des victimes au Cameroun. Et les Organisations de la Société Civile n’aident pas vraiment à ralentir la propagation du Covid-19. Le faible suivi de celles-ci sur les manquements et les mauvais choix du gouvernement sont cependant une limite au ralentissement de la maladie au Cameroun. Au contraire, ces dérapages du gouvernement et ce faible suivi des OSCs rendent les populations plus vulnérables au Coronavirus. D’où la nécessité de travailler murement et efficacement sur les plans de riposte. Ceci afin que les mesures mises en place aient un véritable impact dans la lutte contre la pandémie.

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Michèle EBONGUE is a Journalist from Cameroun, who passionate about writing and everything related to consumption (food industry, telecoms, health, etc.). This explains the rationale for his blog in 2015. Since January 2020, he has been working as a Freelance journalist after spending 5 years as a reporter for a local newspaper. He developed an interested in issues relating to Civil Society in his country, Cameroun.

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Michèle Ebonguei

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