Dans les coulisses de la Semaine de la société civile de l’Afrique de l’Ouest, édition 2025 : leçons tirées de mon parcours
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Introduction
« Comment passer de la participation des jeunes à leur impact réel ? » s’est interrogé David Quaye, Chargé de projets et partenariats au Africa Governance Centre, lors du panel Jeunesse et leadership : combler les lacunes et amplifier les voix des jeunes. Ce panel m’a particulièrement interpellé, car il a mis en lumière les réalités du leadership auxquelles sont confrontés les jeunes et les femmes, questionné la solidité des mouvements étudiants et exhorté les jeunes à s’engager avec assurance dans le leadership politique et civique. La question de David m’a profondément marqué. Elle m’a amené à réfléchir non seulement au rôle des jeunes dans la région, mais aussi à mon propre rôle dans l’organisation de l’édition 2025 de la Semaine de la société civile ouest-africaine (WACSW). Avais-je simplement participé au processus, ou mon travail avait-il généré un impact tangible ? Cet instant a donné le ton aux enseignements, à la croissance personnelle et aux expériences qui ont façonné mon parcours en coulisses de la WACSW 2025.
Depuis 2023, l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (WACSI) en partenariat avec Spaces for Change Nigeria, organise la Semaine de la société civile ouest-africaine (WACSW). Cette rencontre annuelle réunit des acteurs de la société civile, des universitaires, des responsables gouvernementaux, des leaders d’opinion, des groupes de réflexion et des passionnés de la société civile afin de débattre, de partager et d’échanger autour des enjeux les plus pressants liés à l’espace civique et au développement démocratique dans la région. L’édition 2025 de la WACSW s’est tenue à Accra, au Ghana, les 19 et 20 novembre 2025, sous le thème : « Redéfinir la société civile et l’avenir de la résilience démocratique en Afrique de l’Ouest ».
Cette année, je me suis retrouvé au cœur de la planification de cet événement, engagé dans un processus d’interaction, de coordination et de développement personnel, mené avec un haut niveau d’exigence, d’efficacité et d’émerveillement.
Ma superviseure, Omolara Balogun, a une manière singulière de lancer des défis qui paraissent d’abord intimidants, mais qui finissent par révéler le meilleur de vous-même. « Dembo, peux-tu nous fournir une liste d’organisations professionnelles au Ghana et au Nigeria », m’a-t-elle confié lors de ma toute première réunion avec l’équipe interne de coordination. Omolara est Chef du département de l’Influence des politiques et de plaidoyer à WACSI ; elle a présidé le comité d’organisation de la WACSW 2025 ainsi que les célébrations du 20ᵉ anniversaire de WACSI.
Cette demande m’a immédiatement fait prendre conscience que je m’engageais dans une mission porteuse de sens. L’ensemble du processus m’a révélé la force du leadership, l’importance de la coordination et la puissance irrésistible du travail d’équipe. Il m’a également enseigné le courage, la résilience et la ténacité, d’une manière que je n’aurais jamais imaginée.
Leçons tirées de la coordination de la WACSW 2025
Le leadership qui inspire l’action
L’une des leçons majeures de la coordination de la WACSW 2025 a été la puissance indéniable du leadership. Omolara ne se contentait pas de donner des instructions ; elle apportait clarté, orientation stratégique et motivation. Elle guidait l’équipe à travers l’incertitude avec sens et intentionnalité. L’observer diriger m’a montré que le leadership prend tout son sens lorsqu’il crée un environnement où chacun se sent compétent, digne de confiance et inspiré.
Un exemple concret fut l’accent mis sur la représentation régionale, en particulier la participation de délégués issus de l’Alliance des États du Sahel. Omolara posait souvent la question : « Comment les intégrer ? ». Cette interrogation a ouvert la voie à une réflexion créative, à des séances de remue-méninges et à des partenariats stratégiques, qui ont finalement permis une représentation significative de ces pays.
La coordination : le moteur du processus
Comme le dit l’adage, ne pas planifier, c’est planifier l’échec — une réalité qui s’est imposée tout au long de cette expérience. Au-delà du leadership, c’est la coordination qui a permis au processus d’avancer de manière fluide. Avant cette expérience, je n’avais jamais pleinement mesuré l’ampleur de la planification nécessaire à l’organisation d’une rencontre régionale. La coordination a été le cœur battant de la WACSW 2025.
De l’alignement des contenus programmatiques à la gestion logistique de plus de deux cents participants, chaque tâche constituait une pièce mobile exigeant une attention minutieuse. J’ai compris que la coordination requiert une communication efficace, de la patience, des capacités de multitâche, un esprit d’équipe et une aptitude à gérer la pression.
Une communauté au-delà de l’équipe centrale
L’un des aspects les plus inspirants de la WACSW 2025 a été de constater comment une équipe interne engagée a pu créer un événement reliant l’ensemble de la région. Le leadership a également veillé à une répartition claire des rôles, à une division équitable du travail et à un appui transversal au sein de l’équipe. Au-delà de l’équipe interne du WACSI, le Comité régional de planification — composé de professionnels chevronnés de l’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs — a apporté un appui technique précieux. Les retours formulés à chaque réunion ont permis d’affiner et de renforcer le processus de planification. Mon rôle consistait notamment à assurer la prise de notes et le suivi des principaux points d’action.
Voir des participants de plusieurs pays interagir, partager et nouer des liens m’a rappelé que le travail d’équipe ne s’arrête pas aux frontières d’un groupe : il crée un effet d’entraînement qui renforce tout un écosystème.
Le courage d’oser
En tant que stagiaire, j’ai été constamment poussé hors de ma zone de confort, et je suis reconnaissant pour chaque instant vécu. J’ai dit : « Oui, je vais le faire » à ma première tâche, puis à bien d’autres. C’est ainsi que j’ai grandi tout au long de ce processus. J’ai dit « Oui » avant même de savoir comment faire, en me faisant confiance pour apprendre rapidement.
Deux mois avant l’événement, la charge de travail — en particulier pour mes collègues seniors — est devenue extrêmement intense. J’ai alors dû rédiger et répondre à bien plus de courriels
que je ne l’avais imaginé, certains adressés à des partenaires ou à des directeurs exécutifs. J’étais hésitant et nerveux. Mais une voix intérieure me disait : OSE.
Mon superviseur direct, John P. Frinjuah, a joué un rôle déterminant dans le renforcement de ma confiance. Il est passé de « Rédige un courriel pour que je le relise » à « Envoie-leur un courriel ». Cette transition était lourde de sens : il me faisait confiance. Cette confiance a renforcé mon courage et affûté mes compétences.
Résilience et ténacité Dans son ouvrage
The Art and Science of Consistent Leadership – Steady Steps to Extraordinary Impact, Charles Kojo Vandyck définit la résilience comme « la capacité à se relever, à s’adapter et à continuer d’avancer, même lorsque l’on a l’impression que le monde nous a écrasés ». Cette définition m’a profondément marqué.
Face à des délais serrés, des attentes croissantes et une pression accrue dans les derniers jours, il m’est arrivé de me sentir dépassé. Parfois, quatre ou cinq collègues seniors me confiaient simultanément des tâches marquées urgentes. C’était intense. Mais j’ai refusé de céder. Je me suis présenté chaque jour avec détermination, persévérance et ténacité.
Ce qui m’a le plus aidé, c’est d’avoir une partenaire de travail exceptionnelle, Adelaide Tetteh, Assistante exécutive au WACSI, qui a su rendre le travail plus gérable, une tâche à la fois. Son soutien m’a permis de rester concentré et ancré tout au long du processus. J’ai compris que l’essentiel réside dans la qualité des partenaires de travail et dans l’accomplissement constant de petites tâches, surtout sous pression. Lorsque la pression s’est intensifiée, c’est la résilience qui m’a permis de tenir.
Pourquoi la WACSW est essentielle et doit être pérennisée
L’Afrique de l’Ouest est confrontée à un recul démocratique, à l’insécurité et à des menaces croissantes pesant sur les libertés civiques, comme l’indique un rapport de la Media Foundation for West Africa sur l’ état de la liberté d’expression en Afrique de l’Ouest. J’ai pu constater de première main que la WACSW est devenue un espace essentiel de réflexion, d’apprentissage et de résolution collective des problèmes face à ces défis. Même lorsque les discussions se prolongeaient tard dans la soirée, les participants restaient engagés et désireux d’échanger. Les échanges allaient au-delà du dialogue : ils favorisaient la collaboration, renforçaient la solidarité et encourageaient l’action concertée. J’ai vu comment des voix locales acquéraient une portée régionale et comment les acteurs de la société civile utilisaient cet espace pour élaborer des stratégies communes et plaider en faveur de politiques promouvant les droits, la transparence et la redevabilité. Au regard de cette importance, je suis convaincu que la WACSW doit être collectivement appropriée et durablement soutenue.
Le succès de cette édition a largement dépassé l’équipe de coordination de WACSI. Il a été façonné par le Comité régional de planification, les partenaires et les participants de toute la région. L’appropriation collective garantit non seulement la diversité des perspectives, mais aussi la responsabilité partagée, le soutien mutuel et la solidarité entre acteurs civiques. Alors que l’Afrique de l’Ouest continue de faire face à des défis civiques et démocratiques en constante évolution, la pérennisation de la WACSW assurera une plateforme dédiée où les idées se construisent, les alliances se nouent et les solutions régionales prennent forme.
À l’avenir, les organisateurs de la WACSW devraient tirer les enseignements des défis passés et s’inspirer d’autres grandes plateformes, notamment la Semaine internationale de la société civile (ICSW), qui offre des pistes précieuses pour accroître l’impact. L’édition 2025 de l’ICSW s’est conclue par une déclaration appelant les parties prenantes à « se lever et à défendre la démocratie et les libertés civiques ». À l’instar de l’ICSW, la WACSW a le potentiel d’évoluer d’un rassemblement régional réussi vers une plateforme crédible et influente dédiée à l’espace civique, à la résilience démocratique et à l’action collective. Pour y parvenir, la WACSW devrait diversifier ses axes thématiques, élargir ses partenariats et produire des livrables de suivi solides — tels que des rapports, communiqués et notes de politique publique — afin de maintenir l’élan au-delà de l’événement. Si la première édition de la WACSW en 2023 a donné lieu à un communiqué, les deux suivantes n’en ont pas produit. Il est essentiel d’institutionnaliser cette pratique et de veiller à l’adoption d’un communiqué à chaque édition. Au-delà des livrables formels, la WACSW devrait traduire le dialogue en actions concrètes grâce à un engagement post-événement soutenu, incluant le plaidoyer conjoint, la collaboration transfrontalière et le suivi coordonné de l’espace civique. Ces actions renforceraient la continuité entre les éditions, approfondiraient la confiance entre les acteurs de la société civile et accroîtraient l’influence de la WACSW en tant que plateforme de résilience démocratique et d’action collective en Afrique de l’Ouest.
Conclusion
La WACSW doit être pérennisée, car elle constitue une plateforme régionale essentielle pour l’action collective, la redevabilité démocratique et la collaboration entre les acteurs de la société civile afin de relever les défis communs en Afrique de l’Ouest. Le succès de la WACSW repose sur l’appropriation collective, l’apprentissage continu et l’engagement indéfectible de celles et ceux qui osent diriger, collaborer et agir pour une Afrique de l’Ouest plus forte et plus démocratique. La planification de la WACSW 2025 a été bien plus qu’une mission : ce fut un parcours transformateur. Elle m’a appris comment le leadership inspire l’action, comment la coordination assure la cohérence de l’ensemble et comment le travail d’équipe génère un impact qui dépasse l’individu. Je suis impressionné par le succès rencontré dans l’organisation de cette édition et profondément honoré de constater que mes contributions personnelles y ont pris part. À travers chaque défi, j’ai découvert un courage, une résilience et une confiance que je ne soupçonnais pas, et j’ai appris que la croissance naît lorsque l’on ose s’engager, faire confiance au processus et donner le meilleur de soi-même.
About the author

Dembo Bojang
Dembo Bojang est un jeune professionnel gambien du développement, titulaire d’une licence en sciences politiques de l’Université de Gambie. Il cumule plus de trois années d’expérience au sein d’organisations locales de la société civile, complétées par un stage de six mois à l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (WACSI).
Son travail est axé sur la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance, les droits humains, l’autonomisation des femmes et la protection de l’environnement. Profondément engagé dans le développement, Dembo œuvre pour un changement inclusif et durable en Gambie et dans l’ensemble de la région.











