Décolonisation de l’aide : les ONGI se penchent sur la manière d’améliorer les pratiques de développement au Ghana

Décolonisation de l’aide : les ONGI se penchent sur la manière d’améliorer les pratiques de développement au Ghana

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Les anciens modèles de l’aide et du développement, autrefois piliers d’espoir, peinent aujourd’hui à s’adapter à l’évolution du paysage. Le changement climatique, les instabilités politiques et les inégalités économiques ont provoqué des défis auxquels les organisations intervenant dans les domaines du changement peinent à faire face. Alors que les modèles de financement du développement semblent de plus en plus dépassés et inaptes à répondre aux besoins actuels, l’on assiste à l’émergence d’un nouveau mouvement : le transfert du pouvoir ou en anglais « Shift the Power ». Ce mouvement est fondé sur la reconnaissance du fait que les approches traditionnelles et hiérarchiques en matière d’aide ne sont plus viables pour répondre aux besoins croissants des communautés. Tel était le message central d’une réunion récente à Accra, au cours de laquelle les 42 participants provenant de plus de 21 organisations non gouvernementales internationales (ONGI) se sont penchés pour réimaginer l’avenir de l’aide au développement.

Organisée par l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (WACSI) et STAR-Ghana Foundation dans le cadre du programme « Giving for Change », la réunion, qui s’est tenue les 15 et 16 octobre 2024, visait à redéfinir le paysage du développement au Ghana. L’événement a rassemblé des cadres supérieurs d’ONGI basées au Ghana afin d’examiner comment les discussions mondiales sur les partenariats équitables peuvent être adaptées aux réalités sociopolitiques du Ghana.

Le mouvement « Shift the Power » vise à corriger les déséquilibres profondément ancrés dans le secteur du développement mondial à travers la promotion de l’appropriation locale des initiatives et des changements menés par les communautés. Tout au long de la réunion, les participants ont été invités à réévaluer leurs rôles, à relever les défis existants et à élaborer des stratégies pour renforcer les relations entre les ONGI, les organisations et les communautés locales.

Dans son discours d’ouverture, Amidu Ibrahim-Tanko, directeur exécutif de STAR-Ghana, s’est penché sur la nature conflictuelle de termes tels que « autonomisation » et « réparation » dans le discours sur le développement. Il a invité les ONGI à dépasser le modèle traditionnel « donateur — bénéficiaire ». « Nous devons repenser le concept de “bailleur de fonds“ et remettre en question la notion de supériorité », a déclaré Ibrahim-Tanko, soulignant la nécessité de mettre en place des partenariats qui renforcent véritablement les capacités des acteurs locaux.

Nana Asantewa Afadzinu, directrice exécutive de WACSI, a abondé dans le même sens en soulignant la nécessité d’un développement mené par la communauté. Elle s’est inquiétée du fait que les ONGI imposent des projets aux communautés sans chercher à comprendre leurs besoins. « Est-ce que nous nous contentons de faire un travail ou sommes-nous en train de changer des vies ? », s’est-elle demandé, tout en exhortant les ONGI à modifier leur approche pour s’engager véritablement auprès des communautés locales et leur donner les moyens d’agir.

L’événement s’est décliné dans une approche interactive, avec des tables rondes et des sessions en petits groupes qui ont permis aux participants d’approfondir ces questions. Un thème récurrent dans les discussions a été le passage d’une approche hiérarchique à une approche qui accorde la priorité à l’action locale. Un panel a exploré les tendances actuelles, notamment le changement des priorités de financement au niveau mondial en raison des conflits et du rétrécissement des espaces civiques qui ont conduit à la réduction des flux de fonds vers les pays en développement.

Les participants ont également souligné les réformes réussies déjà en cours. ActionAid Ghana, par exemple, a transféré son siège du Royaume-Uni en Afrique du Sud et restructuré sa gouvernance pour y inclure des technocrates venant des pays en développement. « Pour le Nord, il ne s’agit plus de montrer la voie, mais de veiller à ce que le Sud soit équitablement représenté et prenne des décisions », a déclaré John Nkaw, directeur national d’ActionAid au Ghana.

Cependant, malgré ces avancées, des défis importants subsistent. La réunion a identifié des lacunes en matière de plaidoyer, la mobilisation limitée des ressources locales et la concurrence malsaine entre les ONGI et les organisations locales comme des obstacles qui perdurent. Les participants ont appelé à des efforts de plaidoyer plus unifiés et à un engagement continu des parties prenantes pour faire avancer l’agenda « Shift the Power ».

La réunion s’est conclue par un engagement fort en faveur de l’élaboration d’un plan d’action concret. « C’est le début d’un mouvement beaucoup plus large », a noté Charles Kojo VanDyck, responsable du département du Renforcement des capacités à WACSI, alors que les ONGI se sont engagées à poursuivre le dialogue et à mettre en œuvre des stratégies en faveur des partenariats équitables. Les participants ont convenu de cultiver de manière volontariste un changement d’état d’esprit en veillant à ce que leurs organisations adhèrent pleinement au processus de transfert de pouvoir. Ils ont également souligné l’importance d’exploiter les opportunités stratégiques de mobilisation des ressources par le biais d’une approche locale. En outre, les participants ont appelé à davantage de plaidoyer et de sensibilisation autour du mouvement « Shift the Power », de la décolonisation et de la localisation au sein des ONGI. Malgré les différences contextuelles qui prévalent, tous les participants se sont engagés à respecter des principes communs, en veillant à ce que l’avenir du développement au Ghana soit défini par les communautés qu’ils cherchent à servir.

La réunion d’Accra a posé un jalon important dans la lutte contre les dynamiques de pouvoir au sein du secteur du développement en confirmant l’engagement des ONGI à établir des partenariats à long terme qui donnent la priorité à l’appropriation locale et au changement durable.

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