Du Nord Bénin à Accra : et si les communautés tenaient enfin les cordons de la décision et du financement ?   

Du Nord Bénin à Accra : et si les communautés tenaient enfin les cordons de la décision et du financement ?   

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En bref. À Accra, le forum Africa at the Centre a rappelé que la participation des communautés ne suffit pas sans pouvoir réel sur les priorités, les ressources et la mesure des résultats. Voici cinq pistes à tester dans le Nord Bénin. 

Du 1er au 3 septembre 2026, j’ai participé à Accra au forum Africa at the Centre: Leading Change, Shifting Power, organisé par le WACSI et ses partenaires. Sa question : comment faire en sorte que les acteurs africains ne soient plus seulement consultés, mais qu’ils définissent les priorités, mobilisent les ressources et décident ? Une phrase m’a marqué : 

La participation n’est pas synonyme de pouvoir. 

Pour le Nord Bénin, elle peut servir de cahier des charges. Trop souvent, les communautés sont consultées au diagnostic, mobilisées dans les activités, puis invitées à évaluer, sans avoir pesé sur le budget ni sur les priorités. 

Ce qu’Accra nous demande 

Le forum s’est appuyé sur les principes de l’Accra Reset : souveraineté pratique, capacité d’exécution et prospérité partagée. Son message central : le transfert de pouvoir ne doit pas seulement passer des acteurs extérieurs aux élites africaines ; il doit atteindre les communautés, les femmes et les jeunes. Il exige aussi de nous une question honnête : les OSC partagent-elles réellement le pouvoir avec les communautés ? 

Le Nord Bénin ne manque pourtant pas d’atouts : savoirs locaux, tontines et caisses villageoises, groupements de femmes et de jeunes, autorités traditionnelles, diaspora. La vraie question est de savoir qui décide, qui contrôle les ressources et qui définit la réussite. 

Cinq pistes à expérimenter 

1. Des fonds communautaires locaux 

S’appuyer sur les tontines, caisses villageoises et réseaux de la diaspora pour créer des fonds alimentés par des contributions volontaires, l’épargne, le secteur privé local, la philanthropie et des cofinancements. Ils compléteraient, sans les remplacer, les financements publics et internationaux ; les communautés fixeraient priorités et critères. 

Accra : philanthropie locale, ressources domestiques, capitaux de la diaspora. 

2. Des espaces de décision, non de simple consultation 

Expérimenter des cadres locaux de décision partagée réunissant femmes, jeunes, autorités locales et coutumières et organisations communautaires, avec un mandat clair : prioriser, sélectionner certaines actions, suivre les ressources. Pas de structure lourde, mais une représentation effective des groupes moins entendus. 

Accra : passer de la participation symbolique à l’autorité de décision. 

3. Les « enquêteurs-griots » 

Former des jeunes volontaires à documenter, en bariba, dendi, fulfuldé et ditammari, les savoirs de leurs villages (semences, élevage, artisanat, médiation), puis à les restituer par les radios communautaires. Règle d’or : les communautés gardent la maîtrise des récits produits. 

Accra : les savoirs locaux sont des sources légitimes de solutions. 

4. Mesurer autre chose que les activités 

Définir avec les communautés quelques indicateurs simples : part des décisions qu’elles influencent, confiance, appropriation, durabilité. Les restituer publiquement, non comme un tribunal, mais comme un espace de dialogue et de redevabilité. 

Accra : changer ce que nous mesurons. 

5. Une veille communautaire de cohésion 

Renforcer des cadres locaux de dialogue et d’alerte précoce réunissant agriculteurs, éleveurs, jeunes, femmes et autorités, sans jamais se substituer aux services de sécurité : leur force reste le dialogue et la médiation. 

Accra : anticiper plutôt que réagir. 

De la coordination à la coalition 

Aucune organisation ne peut porter seule ces pistes. Les OSC du Nord Bénin pourraient mutualiser formation, suivi-évaluation, documentation et recherche de financement, tout en gardant leur identité, et former un pont entre communautés, collectivités, secteur privé et partenaires. 

Il faut commencer petit : une commune, quelques villages, quelques groupes. L’objectif est d’apprendre ce qui fonctionne, ce que cela coûte et quels risques apparaissent, notamment la capture par des élites locales. Le pouvoir ne se décrète pas par un nouveau projet : il se transfère par des pratiques et des règles qui changent. 

L’Afrique au centre commence aussi dans les villages 

Mettre l’Afrique au centre ne signifie pas se couper du monde, mais entrer dans les partenariats avec plus d’autorité, de confiance et de réciprocité. Et si les communautés décidaient réellement de leurs priorités, de leurs ressources et de la manière de mesurer leur réussite ? 

Accra nous a rappelé que le pouvoir doit être transféré. Reste à savoir jusqu’où nous sommes prêts, nous-mêmes, à le transférer dans nos villages. 

About the author

Moussa Lona

Spécialiste en gestion des Projets et Programmes : Analyse sociale des impacts et élaboration des stratégies opérationnelles.

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WACSI Communications

Spécialiste en gestion des Projets et Programmes : Analyse sociale des impacts et élaboration des stratégies opérationnelles.

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