La junte nigérienne a une semaine pour céder le pouvoir : analyse de scénarios et leurs impacts sur les citoyens au Niger et dans la région de la CEDEAO

La junte nigérienne a une semaine pour céder le pouvoir : analyse de scénarios et leurs impacts sur les citoyens au Niger et dans la région de la CEDEAO

Le récent coup d’État militaire au Niger a suscité une crise régionale qui a conduit la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à demander la libération rapide et le rétablissement de Mohamed Bazoum, président élu et légitime. Les dirigeants de la CEDEAO ont fixé un ultimatum d’une semaine à la junte militaire pour qu’elle quitte le pouvoir[1]. Au cas où leurs exigences restent lettre morte, ils sont prêts à prendre des mesures décisives, en recourant éventuellement à l’usage de la force afin de restaurer la gouvernance constitutionnelle. La situation reste très tendue et toute mise en œuvre de mesures drastiques pourrait avoir des implications significatives et profondes pour les citoyens du Niger et l’ensemble de la région de la CEDEAO. Dans cette analyse de scénarios, nous explorerons trois résultats possibles de l’ultimatum de la CEDEAO à la junte nigérienne.

 

Le meilleur scénario est celui d’un transfert pacifique et rapide du pouvoir au gouvernement élu. La junte militaire répond aux exigences de la CEDEAO, libère le président Mohamed Bazoum et lui permet de reprendre ses fonctions. En retour, la CEDEAO lève les sanctions et soutient le gouvernement pour la stabilisation du pays. Ce résultat démontrerait l’efficacité des efforts diplomatiques de la CEDEAO et l’adhésion aux principes démocratiques, créant ainsi un précédent positif pour la gestion de futures crises politiques dans la région.

Pour les citoyens du Niger, une transition pacifique signifierait un retour à la gouvernance démocratique, qu’ils ont choisie au moyen d’élections libres et équitables. Leurs droits et libertés seraient protégés et les risques de violence et d’instabilité se réduiraient. La levée des sanctions faciliterait la reprise économique, permettant aux entreprises de reprendre leurs activités et aux populations d’accéder aux biens et services essentiels. Toutefois, la situation devrait encore être surveillée pour s’assurer que la démocratie reste forte et résiliente face à d’éventuels défis futurs.

La situation pourrait s’aggraver si la junte militaire refuse de céder le pouvoir dans le délai d’une semaine et si la CEDEAO met à exécution sa menace d’intervention militaire. La junte pourrait percevoir l’intervention extérieure comme une atteinte à sa souveraineté et y répondre par la résistance. Une confrontation militaire pourrait conduire à une escalade de la violence et déstabiliser davantage le pays.

Dans ce scénario, les citoyens feraient les frais de l’escalade du conflit. Les civils pourraient être victimes de violences et de violations des droits de l’homme, et les infrastructures du pays pourraient être endommagées ou perturbées, entraînant des pénuries de ressources essentielles. Les déplacements et les mouvements de réfugiés pourraient s’aggraver, les populations fuyant la violence et cherchant à se mettre à l’abri dans les pays voisins. Le risque de catastrophes humanitaires et d’effondrement de services essentiels tels que les soins de santé et l’éducation serait important.

Si la situation n’est pas résolue après le délai d’une semaine et que la CEDEAO hésite à recourir à la force, la crise pourrait se prolonger. La junte militaire pourrait consolider son pouvoir et résister à la pression diplomatique, ce qui entraînerait une période prolongée d’instabilité politique au Niger. Cette situation pourrait entraîner des répercussions sur les pays voisins et provoquer une instabilité régionale.

Dans ce scénario, les citoyens du Niger seraient confrontés à une prolongation des incertitudes et de l’insécurité. L’absence d’un gouvernement légitime pourrait entraîner une vacance du pouvoir et la montée en puissance d’acteurs non étatiques, ce qui exacerberait les problèmes de sécurité. Les denrées alimentaires et les fournitures médicales pourraient se raréfier en raison des perturbations des échanges et du commerce. L’instabilité régionale pourrait également avoir des ramifications économiques, en affectant les opportunités d’emplois et en exacerbant la pauvreté et les inégalités.

La situation actuelle au Niger, conjuguée au soutien de la junte militaire par des pays voisins comme le Mali et le Burkina Faso[2], constitue un défi majeur qui exige une attention immédiate et une action résolue. En tant que citoyen concerné de l’Afrique de l’Ouest, je suis profondément troublé par les implications potentielles de ce soutien, qui pourrait aggraver les tensions et compromettre l’avenir de la démocratie et de la stabilité dans notre région.

À ce stade crucial, il est impératif que nous nous ralliions à la cause d’un transfert pacifique du pouvoir au Niger qui respecte les valeurs démocratiques et la volonté du peuple. Nous devons rester unis dans notre recherche de solutions diplomatiques, en encourageant le dialogue entre toutes les parties concernées et en soulignant l’importance de la sauvegarde des droits de l’homme et des principes démocratiques.

Les risques de mesures énergiques et de crises prolongées sont graves et ne doivent pas être pris à la légère. De tels résultats pourraient entraîner des conséquences désastreuses pour les citoyens du Niger et l’ensemble de la communauté de la CEDEAO, mettant en péril notre sûreté, notre sécurité et notre prospérité.

Alors que nous appelons la CEDEAO et la communauté internationale à intervenir de manière décisive, nous devons reconnaître que la solidité de notre unité régionale sera un facteur essentiel pour parvenir à une résolution positive. Dans cette entreprise, nous ne devons jamais négliger le sort des civils pris entre deux feux. Leur protection et leur bien-être doivent être au premier plan de nos efforts, et nous devons nous efforcer d’éviter toute catastrophe humanitaire potentielle sur le terrain.

J’estime que ce n’est qu’en nous engageant dans la recherche de solutions pacifiques et la préservation des idéaux démocratiques que nous pourrons garantir un avenir meilleur pour nous-mêmes et pour les générations à venir. En tant que citoyens ouest-africains concernés, nous devons rester fermes dans notre quête de la paix, de la stabilité et de la démocratie, car il est de notre responsabilité commune de façonner le destin de notre chère région.

 

A propos de l’auteur

Charles Kojo Vandyck

Chef du département du renforcement des capacités à WACSI |

Charles Kojo Vandyck est un praticien du développement dynamique et un leader d’opinion qui conduit des changements transformateurs au sein de la société civile. En tant que membre fondateur du prestigieux Consortium international sur la fermeture de l’espace civique (iCon), dirigé par le célèbre Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), Charles est à l’avant-garde de la transformation de la participation citoyenne dans le monde entier. En qualité d’administrateur d’INTRAC et membre du conseil consultatif de Disrupt Development, il façonne l’avenir, d’Oxford à Amsterdam. Les contributions remarquables de Charles se poursuivent en tant que membre de l’équipe centrale de l’initiative RINGO (Réimaginer les ONGI), et en qualité de responsable du département du Renforcement des capacités à l’Institut de la société civile d’Afrique de l’Ouest (WACSI). Reconnu par Development Studies Association, Charles est également un formateur certifié de Change the Game Academy et de IFC-Learning and Performance Institute. Préparez-vous à être inspiré par Charles alors qu’il ouvre la voie à une société civile plus résiliente, plus viable et plus autonome.

[1] https://www.france24.com/en/africa/20230730-ecowas-set-to-meet-on-niger-coup-leaders-say-bloc-planning-military-intervention

[2] https://www.aljazeera.com/news/2023/8/1/burkina-faso-and-mali-warn-against-foreign-intervention-after-niger-coup

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