Le Ghana devrait-il soutenir l’intervention armée de la CEDEAO au Niger?

Le Ghana devrait-il soutenir l’intervention armée de la CEDEAO au Niger?

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Le 26 juillet 2023, le Niger a connu son cinquième coup d’État, marquant ainsi une tendance récurrente à l’instabilité politique depuis son accession à l’indépendance en 1960. Il s’agit du cinquième coup d’État au Niger depuis l’indépendance du pays. En 2021, une tentative de coup d’État avait également été signalée au Niger. Les militaires ont renversé le gouvernement démocratiquement élu, arguant de la corruption, de la mauvaise gestion et des craintes concernant l’insécurité. Le coup d’État a été rapidement dénoncé par de nombreuses entités internationales, dont la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et les Nations unies, qui ont appelé au rétablissement rapide de la gouvernance constitutionnelle.

Malgré sa préférence pour le dialogue, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a prévenu d’une possible intervention armée contre les soldats qui ont pris le pouvoir au Niger le 26 juillet, en activant sa « force en attente ». Cette « force en attente » est mandatée par la CEDEAO pour des missions de maintien de la paix. Les précédents déploiements de cette force ont eu lieu dans certains États membres de la CEDEAO, notamment en Sierra Leone, Libéria, Guinée-Bissau et en Gambie. Le Ghana, un important acteur régional reconnu pour son attachement indéfectible aux principes démocratiques et aux efforts de maintien de la paix, se trouve actuellement à la croisière des chemins, envisageant de déployer des troupes militaires pour soutenir l’intervention de la CEDEAO au Niger afin de soutenir les initiatives en cours pour le rétablissement de la stabilité. Cet article explore les raisons en faveur ou contre l’engagement du Ghana dans cette situation, tout en analysant les conséquences possibles de chaque ligne de conduite.

Le Ghana s’est fortement engagé en faveur de la stabilité régionale en participant activement aux opérations de maintien de la paix à travers l’Afrique. Le déploiement de personnel militaire au Niger peut contribuer à stabiliser la région et réduire le risque de propagation de l’instabilité aux pays voisins. Le Ghana possède un solide héritage démocratique et sert d’exemple aux autres pays africains en matière de respect des principes démocratiques. Advenant que le Ghana soutienne cette intervention au Niger, il aura l’occasion de faire passer un message fort, à savoir que les changements illégaux de gouvernement sont jugés inacceptables, ce qui favorisera la promotion des idéaux démocratiques dans la région. En tant que membre de la CEDEAO, le Ghana a pour mandat de contribuer activement à la mise en œuvre de mesures collectives visant à préserver la paix et la stabilité dans la région.

Par le passé, la CEDEAO a recouru à des interventions militaires pour rétablir l’équilibre, comme en témoigne son implication dans les conflits du Liberia et de la Sierra Leone. L’exacerbation potentielle des conditions humanitaires précaires qui préexistaient au Niger est une véritable préoccupation découlant des troubles politiques déclenchés par le coup d’État. La participation du Ghana peut apporter une contribution substantielle à la résolution de ces problèmes urgents, mais devrait-elle revêtir la forme d’un déploiement militaire ? En effet, la souveraineté nationale suppose que chaque nation dispose du droit inhérent de gérer ses affaires internes sans aucune intervention extérieure. Le déploiement de forces militaires au Niger irait à l’encontre de ce principe, même si les motivations semblent désintéressées dans ce cas de figure.

En revanche, selon les critiques, la participation du Ghana à la résolution du conflit au Niger pourrait n’avoir qu’un effet limité dans la mesure où les difficultés fondamentales à l’origine du coup d’État sont profondément enracinées et complexes, ce qui nécessite une stratégie globale et durable. Au demeurant, la décision de déployer des forces militaires au Niger pourrait créer un précédent susceptible d’influencer de futures interventions. La République du Ghana devrait donc analyser scrupuleusement les implications potentielles à long terme de cette décision sur sa politique étrangère.

La détermination du déploiement potentiel de troupes ghanéennes au Niger en réponse au coup d’État exige une réflexion multiforme. L’attachement historique du Ghana aux principes démocratiques, à la stabilité régionale et au maintien de la paix souligne l’importance de sa contribution éventuelle à la résolution du problème actuel. Avant de prendre une décision, il est impératif d’évaluer de manière exhaustive les avantages et les inconvénients potentiels, en tenant compte des principes fondamentaux du Ghana, de ses obligations régionales et des conséquences durables pour la région si la Russie décide de soutenir le Niger en cas d’invasion par les forces de la CEDEAO. Indépendamment de la ligne de conduite retenue, la communauté internationale devrait s’efforcer de parvenir à une résolution pacifique qui rétablisse la gouvernance démocratique et favorise la stabilité au Niger.

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Agnes Adwoa Anima

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